Entre chien et loup

Une exposition de Yu Hirai

Entre chien et loup, entre rouge et bleu, les photographies de Yu Hirai (née en 1963 à Tōkyō) nous entrainent sur cette frontière ténue où le banal peut soudainement basculer dans l’inattendu. Les images nous proposent un voyage à la lisière du merveilleux, nous invitent à franchir le pas de la porte ouverte par l’artiste sur l’inconnu. La notion de passage parait primordiale dans ces travaux. La transition entre le jour et la nuit, les ouvertures, l’immensité accueillante du ciel, sont autant d’appels vers l’ailleurs. Les personnages se tournent vers l’extérieur, observent le monde depuis leur fenêtre, à travers les barreaux. Plongés dans leurs pensées, ils s’engagent dans de sombres couloirs et tunnels, probables métaphores du labyrinthe dans lequel l’esprit a parfois tendance à se perdre.

Le travail de Yu Hirai se place dans la droite ligne de la tradition japonaise du journal intime, qu’il soit écrit ou photographique. Le monde sublimé par l’artiste prend des accents lynchéens ; mais il est surtout totalement original, le résultat d’un parcours singulier et de la rencontre d’une Japonaise avec d’autres cultures. Les acteurs de son récit sont ses proches, saisis dans leur environnement quotidien, à la tombée de la nuit, à ce moment magique où les lumières s’allument dans les intérieurs pour accompagner puis remplacer la lumière du jour. Moment idéal selon l’artiste pour exprimer ses sentiments personnels.

Yu Hirai se met d’ailleurs parfois elle-même en scène mais, dans tous les cas, elle cache pudiquement les traits de ses modèles. Les figures deviennent de vivantes silhouettes, des essences colorées. Ce n’est pas un hasard si l’artiste, qui a trouvé dans la photographie le medium idéal pour la transmission de ses émotions, a néanmoins débuté par le dessin et la peinture et demeure une dessinatrice très active. Ses croquis sont d’une grande spontanéité, et Yu Hirai est restée fidèle à cette franchise dans ses photographies, prises avec les moyens de l’argentique, sans remaniement à l’ordinateur. Le rouge devient pour elle le symbole de l’intérieur, de l’intime, du rêve, du passé personnel. Le bleu est choisi quant à lui pour suggérer le monde extérieur, l’inconnu. Intérieur et extérieur, uchi et soto, deux notions très importantes au Japon, et qui y définissent largement les rapports sociaux…

Entre chien et loup, quand les frontières se font plus floues, nait donc un furtif espace de liberté, un interstice qui devient champ de tous les possibles, activé par un simple décalage du regard, par une intervention dynamique de la couleur. Pérégrination physique tout autant que cheminement introspectif, errance poétique aux accents parfois légèrement angoissants, parfois apaisés, parfois encore, subtilement érotiques, Entre chien et loup nous convie à un surprenant voyage, nous tend un miroir dans lequel nous plonger. Yu Hirai nous encourage ainsi à partir à la rencontre de nous-mêmes et de l’autre; et comme elle l’a fait, à nouer avec le monde un lien vivace, vibrant de couleur et de lumière.

Valérie Douniaux
Docteur en Histoire de l’Art

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Entre chien et loup, Dublin Blue © Yu Hirai
Entre chien et loup, Maya © Yu Hirai
Entre chien et loup, Hall © Yu Hirai
Entre chien et loup, Atelier Paris © Yu Hirai
Entre chien et loup, Living room © Yu Hirai
Entre chien et loup, In the water © Yu Hirai
Entre chien et loup, Adrian © Yu Hirai
Entre chien et loup, Fire tree © Yu Hirai
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